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Situation · Entreprise

Renouvellement du bail commercial : loyer, refus et indemnité d'éviction

À l'échéance d'un bail commercial, tout se négocie autour de deux questions : le bail est-il renouvelé, et à quel loyer ? Le locataire a en principe droit au renouvellement ou, à défaut, à une indemnité d'éviction ; le bailleur peut chercher un loyer plus élevé ou reprendre ses locaux. Les délais sont stricts, et l'issue dépend beaucoup de la préparation de chaque camp.

Mis à jour le 17 octobre 2026

À l'échéance du bail commercial, tout se renégocie

Le bail commercial dure au moins neuf ans. À son terme, il ne s'arrête pas tout seul : le bailleur doit délivrer un congé, ou le locataire demander le renouvellement, faute de quoi le bail se prolonge tacitement. Ce moment est le plus sensible de la vie du bail, car il ouvre deux discussions à fort enjeu : le loyer du nouveau bail, et parfois le départ du locataire contre une indemnité d'éviction.

Pour un commerçant, l'enjeu est souvent vital : le fonds de commerce dépend de l'emplacement. Pour le bailleur, c'est la valeur de son immeuble et ses revenus pour les neuf ans à venir. Les sommes se comptent vite en dizaines ou en centaines de milliers d'euros.

Côté locataire : garder le local à un loyer supportable

Le locataire qui remplit les conditions (immatriculation, exploitation effective du fonds dans les lieux pendant les trois années précédant l'expiration) a droit au renouvellement ou, si le bailleur refuse, à une indemnité d'éviction. Son objectif est en général de rester, avec un loyer plafonné.

Côté bailleur : revaloriser le loyer ou récupérer les lieux

Le bailleur cherche soit à porter le loyer à la valeur locative du marché, ce qui suppose d'obtenir le déplafonnement, soit à récupérer son local, ce qui a un prix : l'indemnité d'éviction. Il peut aussi utiliser la menace d'un refus pour peser sur la négociation du loyer.

Exemple : Karim exploite une boulangerie en centre-ville depuis quatorze ans, sans renouvellement formel. Son loyer annuel est de 24 000 euros. Le bail s'étant prolongé au-delà de douze ans, son bailleur, Mme Lefort, réclame le loyer de marché, qu'elle estime à 42 000 euros. Karim, lui, sait qu'un refus de renouvellement obligerait sa bailleresse à payer une indemnité d'éviction bien supérieure à l'écart de loyer.

Les chiffres clés du renouvellement

6 moisau moins avant l'échéance pour délivrer le congé
3 moispour que le bailleur réponde à une demande de renouvellement
2 anspour agir en justice (prescription des actions du statut)
10 %par an au plus de hausse après une modification notable (baux depuis septembre 2014)

Ce que dit la loi

Le congé doit être donné par acte de commissaire de justice au moins six mois à l'avance (article L145-9 du Code de commerce). Le locataire peut demander le renouvellement dans les six mois précédant l'expiration ou pendant la prolongation du bail ; le bailleur a trois mois pour faire connaître son refus, sinon il est réputé accepter le principe du renouvellement (article L145-10).

Le loyer du bail renouvelé est en principe plafonné à la variation de l'indice trimestriel des loyers commerciaux ou des activités tertiaires, sauf modification notable des éléments de la valeur locative, bail initial de plus de neuf ans ou prolongation au-delà de douze ans (article L145-34). Lorsque le déplafonnement résulte d'une modification notable de ces éléments ou d'une clause relative à la durée du bail, la hausse est en principe limitée à 10 % par an du loyer de l'année précédente, pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 1er septembre 2014.

Le bailleur peut refuser le renouvellement, mais doit alors payer une indemnité d'éviction égale au préjudice causé (article L145-14), sauf motif grave et légitime (article L145-17). Le locataire reste dans les lieux jusqu'au paiement (article L145-28). Le bailleur dispose d'un droit de repentir de 15 jours après la décision définitive (article L145-58). Les actions se prescrivent par deux ans (article L145-60).

En cas de désaccord sur le loyer, la commission départementale de conciliation des baux commerciaux peut être saisie gratuitement ; elle rend un avis dans un délai de trois mois. Ces règles sont une information générale sur les textes applicables, pas une analyse de votre dossier.

Ce que la partie adverse va vous opposer

Les arguments diffèrent selon le camp, mais chacun connaît ceux de l'autre. Les préparer à l'avance évite de céder sur le loyer ou sur l'indemnité faute de réponse.

Si vous êtes locataire : « La commercialité du quartier a changé »

C'est l'argument classique du déplafonnement : arrivée d'une ligne de tramway, piétonnisation, ouverture d'une grande enseigne. Le bailleur doit prouver une modification notable et qu'elle a un intérêt pour votre activité. Rassemblez vos chiffres de fréquentation et de chiffre d'affaires : s'ils n'ont pas progressé, l'argument s'affaiblit.

Si vous êtes locataire : « Votre clientèle vous suivra ailleurs »

Face à une demande d'indemnité d'éviction, le bailleur cherchera à réduire le préjudice : local de remplacement disponible à proximité, fonds peu attaché à l'emplacement. Documentez ce qui rend votre emplacement difficile à remplacer : flux de passage, absence de locaux comparables, part de clientèle de passage.

Si vous êtes bailleur : « Votre congé est irrégulier »

Le locataire examinera la forme et la date du congé, ses mentions obligatoires et le motif invoqué. Un congé mal délivré peut faire perdre des mois ou transformer un refus sans indemnité en refus avec indemnité. Faites vérifier l'acte avant de le délivrer.

Si vous êtes bailleur : « Le loyer actuel est déjà au niveau du marché »

Le locataire produira des références de loyers voisins plus bas, ou soulignera les charges et travaux qu'il supporte. Préparez vos propres références comparables, avec surface, emplacement et activité.

Dans les deux camps : « Nous irons devant le juge »

La menace pèse dans les deux sens : expertise, procédure longue, indemnité d'occupation pendant le litige. Évaluez concrètement ce qu'une procédure coûterait à l'autre camp : c'est souvent ce qui ouvre l'accord.

Les voies possibles et ce qui peut vous attendre

Chaque voie a son calendrier, et les délais du statut courent pendant que vous discutez. Le choix vous revient, avec votre avocat.

Transiger maintenant

Négocier un nouveau loyer, un étalement de la hausse, des travaux, ou un départ amiable contre une indemnité convenue.

Ce qui peut vous attendre
Des échanges de propositions, puis un avenant ou un nouveau bail, ou un protocole de départ.
Délai
Quelques semaines à quelques mois.
Risques
Accepter un loyer ou une indemnité éloignés de ce qu'aurait fixé un juge, ou laisser courir un délai pendant la discussion.

Agir par acte et mettre en demeure

Délivrer un congé avec offre de renouvellement et proposition de loyer, une demande de renouvellement, ou une mise en demeure visant un manquement au bail.

Ce qui peut vous attendre
Un acte de commissaire de justice ou une lettre recommandée qui fixe les positions et fait courir les délais.
Délai
Au moins six mois avant l'échéance pour un congé ; trois mois pour la réponse du bailleur à une demande de renouvellement.
Risques
Une erreur de forme ou de date, difficile à rattraper.

Commission de conciliation

Saisir la commission départementale de conciliation des baux commerciaux pour un désaccord sur le loyer du bail renouvelé.

Ce qui peut vous attendre
Une saisine gratuite par lettre recommandée, une réunion avec l'autre camp, un avis. La saisine n'est pas obligatoire.
Délai
Avis rendu dans un délai de trois mois.
Risques
L'avis ne s'impose pas : si l'autre camp le refuse, la question revient au juge.

Saisir le juge

Faire fixer le loyer du bail renouvelé, contester un refus de renouvellement ou demander l'indemnité d'éviction devant le tribunal judiciaire.

Ce qui peut vous attendre
Une procédure avec avocat, très souvent une expertise de la valeur locative ou du fonds, des échanges de mémoires.
Délai
Souvent plus d'un an, davantage avec une expertise ou un appel. L'action doit être engagée dans les deux ans.
Risques
Coût de l'expertise et des avocats ; pour le bailleur, une indemnité plus lourde que prévu ; pour le locataire, un loyer déplafonné.

Laisser le bail se prolonger

Ne rien faire : sans congé ni demande, le bail se poursuit par tacite prolongation aux mêmes conditions.

Ce qui peut vous attendre
Le statu quo, avec le même loyer, mais un bail qui peut être résilié par congé pour la fin d'un trimestre civil.
Délai
Indéterminé.
Risques
Au-delà de douze ans de durée totale, le loyer peut être déplafonné lors du renouvellement suivant : une incertitude qui pèse surtout sur le locataire.

Extrait d'une simulation de renouvellement

Dans cet exemple, Karim, boulanger, négocie avec sa bailleresse après quatorze ans de bail.

Exemple d'échange

Partie adverse · la bailleresse

Votre bail a dépassé douze ans, le loyer n'est plus plafonné. Le marché est à 42 000 euros par an. Si vous refusez, je ne renouvellerai pas.

Vous

Un refus de renouvellement vous obligerait à payer une indemnité d'éviction couvrant la valeur de mon fonds et ma réinstallation, et je resterais dans les lieux jusqu'à son paiement. Je préfère que nous trouvions un loyer acceptable pour nous deux.

Partie adverse · la bailleresse

Alors faisons un pas : 38 000 euros.

Animateur

Point de bascule : la bailleresse renonce à la menace du refus et entre dans une négociation de loyer. Karim peut maintenant proposer un étalement de la hausse et demander des contreparties, plutôt que de discuter seulement du montant final.

Vous

Je peux aller jusqu'à 33 000 euros, avec une hausse progressive sur trois ans et la prise en charge par vous de la réfection de la toiture.

Comment Partie adverse vous aide à choisir votre voie

Partie adverse est un simulateur : deux équipes d'IA de laboratoires différents tiennent votre camp et celui de l'autre partie, locataire ou bailleur, à partir des textes de Légifrance et des décisions de Judilibre. Vous décidez seul de la suite.

  1. Le regard gratuit de la partie adverseDécrivez le bail, son ancienneté, le loyer et ce que vous voulez obtenir : l'IA qui joue l'autre camp vous dit ce qu'elle vous opposerait, avec les premières issues possibles.
  2. La simulation complèteTrois échanges entre les deux équipes, menés par un animateur, puis un bilan : concessions, points de bascule, issue la plus probable selon la simulation.
  3. La comparaison des voiesTransiger, délivrer un acte, saisir la commission de conciliation, aller devant le juge, laisser le bail se prolonger : issues possibles, délais, coûts et risques de chaque voie.
  4. Les variantesUn bailleur qui maintient son refus, une expertise défavorable, un local de remplacement disponible : rejouez pour voir ce qui fait basculer l'issue.
  5. La préparation de la voie choisie avec votre avocatArguments adverses identifiés, fourchettes de loyer et d'indemnité à discuter, projets de courriers à faire relire.

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Quand consulter un avocat

Le statut des baux commerciaux est très formaliste : un congé mal rédigé, une date mal calculée ou un délai de deux ans dépassé peuvent faire perdre un droit au renouvellement ou une indemnité importante. Consultez un avocat avant de délivrer ou de répondre à un congé, dès qu'un refus de renouvellement ou un déplafonnement est envisagé, et toujours si une procédure est engagée, l'avocat étant alors en principe obligatoire. Pour ce type de dossier, faites relire votre stratégie par un avocat : Partie adverse vous aide à préparer ce rendez-vous.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Comment demander le renouvellement d'un bail commercial ?

Si le bailleur n'a pas délivré de congé, le locataire peut demander le renouvellement dans les six mois qui précèdent l'expiration du bail ou à tout moment au cours de sa prolongation, par acte de commissaire de justice ou par lettre recommandée avec avis de réception. Le bailleur a trois mois pour faire connaître son refus ; à défaut, il est réputé avoir accepté le principe du renouvellement (article L145-10 du Code de commerce).

Le loyer du bail renouvelé peut-il augmenter fortement ?

En principe, le loyer du bail renouvelé est plafonné : sa hausse est limitée à la variation de l'indice des loyers commerciaux ou de l'indice des loyers des activités tertiaires. Le plafond ne s'applique pas notamment en cas de modification notable des éléments de la valeur locative, si le bail initial dépassait neuf ans ou s'il s'est prolongé au-delà de douze ans. Pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 1er septembre 2014, lorsque le déplafonnement résulte d'une modification notable ou d'une clause sur la durée du bail, la hausse est en principe étalée, dans la limite de 10 % du loyer de l'année précédente par an.

Que comprend l'indemnité d'éviction ?

Le bailleur qui refuse le renouvellement doit en principe payer une indemnité égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement. Elle comprend notamment la valeur marchande du fonds de commerce, ainsi que les frais normaux de déménagement et de réinstallation et les frais et droits de mutation pour un fonds de même valeur (article L145-14 du Code de commerce). Le locataire peut rester dans les lieux jusqu'au paiement, en versant une indemnité d'occupation.

Le bailleur peut-il refuser le renouvellement sans indemnité ?

Oui, s'il justifie d'un motif grave et légitime contre le locataire, par exemple des loyers impayés ou la cessation sans raison sérieuse de l'exploitation. En général, il doit d'abord adresser une mise en demeure par acte de commissaire de justice, et le manquement doit s'être poursuivi plus d'un mois après celle-ci (article L145-17 du Code de commerce). Il existe aussi des cas particuliers de reprise, par exemple pour démolir et reconstruire l'immeuble.

Le bailleur peut-il revenir sur son refus de renouvellement ?

Oui. Le bailleur dispose d'un droit de repentir : il peut se soustraire au paiement de l'indemnité d'éviction en acceptant finalement le renouvellement, dans un délai de 15 jours à compter de la décision définitive qui fixe l'indemnité (article L145-58 du Code de commerce). Ce droit ne peut plus s'exercer si le locataire a déjà quitté les lieux ou acheté ou loué un autre local pour se réinstaller.

Quel est le délai pour agir en matière de bail commercial ?

Les actions fondées sur le statut des baux commerciaux se prescrivent par deux ans (article L145-60 du Code de commerce). Le locataire qui reçoit un congé avec refus de renouvellement et veut le contester ou réclamer l'indemnité d'éviction doit saisir le tribunal dans les deux ans à compter de la date d'effet du congé. Ce délai court même pendant les discussions amiables.

Avant de choisir votre voie, voyez ce qui peut vous attendre.

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