Ce que dit la loi
Lorsque la loi ou les statuts renvoient à l'article 1843-4 du Code civil pour une cession ou un rachat de droits sociaux, la valeur contestée est déterminée par un expert, désigné par les parties ou, à défaut d'accord, par le président du tribunal compétent. L'expert applique les règles de valorisation prévues par les statuts ou par une convention entre les parties.
Dans une SAS, les statuts peuvent prévoir qu'un associé sera tenu de céder ses actions, dans les conditions qu'ils fixent (article L227-16 du Code de commerce). La Cour de cassation a jugé en 2024 que l'associé visé doit pouvoir participer au vote sur son exclusion.
L'article 1844-7 du Code civil permet au tribunal de prononcer la dissolution anticipée de la société, à la demande d'un associé, pour justes motifs, notamment en cas de mésentente paralysant son fonctionnement. La jurisprudence exige une paralysie effective, pas seulement un désaccord.
Ces règles sont une information générale sur les textes applicables, pas une analyse de votre dossier. La forme de la société (SAS, SARL, société civile) et la rédaction de vos statuts changent beaucoup les solutions.
Ce que votre associé va vous opposer
Les arguments du camp adverse se répètent d'un dossier à l'autre. Les avoir travaillés à l'avance évite de lâcher une concession sous la pression d'une réunion tendue.
« Vos parts valent beaucoup moins que vous ne le pensez »
C'est l'argument central. Le majoritaire mettra en avant les mauvais résultats récents, une décote de minorité, la dépendance de l'entreprise à un client ou à lui-même. Préparez votre propre lecture des comptes, la méthode prévue par le pacte s'il y en a une, et les éléments qui soutiennent la valeur : contrats récurrents, trésorerie, actifs. Un chiffre argumenté pèse plus qu'un chiffre affiché.
« La clause d'exclusion s'applique, vous n'avez pas le choix »
Vérifiez que la clause existe dans les statuts, que le motif invoqué correspond à ceux qu'elle prévoit, et que la procédure a été respectée à la lettre : convocation, information préalable, possibilité de s'expliquer, vote. Une exclusion irrégulière ouvre un contentieux que l'autre camp n'a pas forcément envie de mener. C'est un levier, pas forcément une sortie.
« C'est vous qui bloquez la société »
Le majoritaire présentera vos votes comme un abus de minorité. Préparez la justification de chacun de vos refus au regard de l'intérêt de la société, et gardez les traces écrites. À l'inverse, si les décisions prises vous écartent systématiquement (rémunérations, mise en réserve des bénéfices, opérations avec des sociétés liées), l'abus de majorité peut se retourner contre lui.
« Si vous partez, la clause de non-concurrence vous interdit de travailler »
Lisez sa durée, son périmètre géographique et les activités qu'elle vise. Une clause trop large se discute, et elle fait partie de la négociation au même titre que le prix : un prix plus bas contre une clause allégée, ou l'inverse.
« Nous n'avons pas la trésorerie pour racheter maintenant »
L'argument est souvent réel. La réponse n'est pas forcément de baisser le prix : paiement échelonné, garantie, complément de prix lié aux résultats futurs, rachat par la société elle-même ou par un tiers. Préparez deux ou trois montages acceptables pour vous.